Le Chabbat, la Torah interdit la melakha (מְלָאכָה). Contrairement à une idée répandue, une melakha n'est pas un « effort » ni un « travail fatigant » : c'est un acte créateur ou transformateur : ce que nos Sages appellent melekhet ma'hchevet (מְלֶאכֶת מַחֲשֶׁבֶת), un acte d'intelligence qui transforme le monde. Allumer une allumette ne demande aucun effort ; c'est pourtant une melakha. Monter cinq étages à pied est épuisant ; ce n'en est pas une.
D'où vient la liste ?
La Michna, le premier recueil de la loi orale (Chabbat 7:2), énumère « quarante moins une » (אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת, arbaïm 'hassèr a'hat) catégories de travaux : les 39 avot melakhot (אֲבוֹת מְלָאכוֹת, « travaux-pères »). Le Talmud (Chabbat 49b) enseigne qu'elles correspondent aux travaux nécessaires à la construction du Mishkan (le sanctuaire du désert) : la Torah juxtapose l'ordre de construire le Mishkan et le commandement du Chabbat : le Chabbat suspend même l'œuvre la plus sainte.
Le Mishkan (מִשְׁכָּן, « demeure ») était le sanctuaire portatif que les Hébreux ont bâti dans le désert après la sortie d'Égypte, sur le plan détaillé donné dans la Torah (Exode) : une tente d'assignation qui abritait l'Arche et où résidait la présence divine, avant la construction du Temple de Jérusalem. Le monter, le démonter et le transporter a mobilisé un ensemble fini de savoir-faire (tisser, teindre, coudre, bâtir, allumer un feu, écrire...) : ce sont précisément ces catégories de travail que le Chabbat vient interrompre.
Les 39 travaux, en 6 groupes
Les six métiers du Chabbat
Les 39 travaux (melakhot) rangés en six métiers : touche un métier pour voir ses gestes.
- 1זוֹרֵעַZoréa semer
- 2חוֹרֵשׁ'Horech labourer
- 3קוֹצֵרKotser moissonner
- 4מְעַמֵּרMéamer mettre en gerbes
- 5דָּשׁDach battre le grain
- 6זוֹרֶהZoré vanner
- 7בּוֹרֵרBorer trier
- 8טוֹחֵןTo'hen moudre
- 9מְרַקֵּדMéraked tamiser
- 10לָשׁLach pétrir
- 11אוֹפֶהOfé cuire
- 1גּוֹזֵזGozez tondre
- 2מְלַבֵּןMelaben blanchir
- 3מְנַפֵּץMenapets carder
- 4צוֹבֵעַTsovéa teindre
- 5טוֹוֶהTové filer
- 6מֵסֵךְMessekh ourdir (monter la chaîne)
- 7עוֹשֶׂה בָּתֵּי נִירִיןOssé beit nirin monter les lisses
- 8אוֹרֵגOreg tisser
- 9פּוֹצֵעַPotséa défaire des fils
- 10קוֹשֵׁרKocher nouer
- 11מַתִּירMatir dénouer
- 12תּוֹפֵרTofer coudre
- 13קוֹרֵעַKoréa déchirer (pour recoudre)
- 1צָדTsad piéger
- 2שׁוֹחֵטCho'het abattre
- 3מַפְשִׁיטMafchit dépecer
- 4מְעַבֵּדMéabed tanner
- 5מְמַחֵקMema'hek racler
- 6מְשַׂרְטֵטMéssartet tracer des lignes
- 7מְחַתֵּךְMé'hatekh découper à dimension
- 8כּוֹתֵבKotev écrire (dès deux lettres)
- 9מוֹחֵקMo'hek effacer (pour réécrire)
- 1בּוֹנֶהBoné construire
- 2סוֹתֵרSoter démolir (pour reconstruire)
- 1מְכַבֶּהMekhabé éteindre
- 2מַבְעִירMav'ir allumer
- 1מַכֶּה בְּפַטִּישׁMaké bépatich le coup de marteau final : achever un objet
- 2הוֹצָאָהHotsaa transporter d'un domaine à l'autre
Les 39 melakhot se retiennent en 6 groupes. Les trois premiers forment des « chemins », chacun allant d'une matière première à un objet fini :
Le chemin du pain (11), du champ à la miche : zoréa (semer), 'horech (labourer), kotser (moissonner), méamer (mettre en gerbes), dach (battre le grain), zoré (vanner), borer (trier), to'hen (moudre), méraked (tamiser), lach (pétrir), ofé (cuire).
Le chemin du vêtement (13), du mouton à l'habit : gozez (tondre), melaben (blanchir), menapets (carder), tsovéa (teindre), tové (filer), messekh (ourdir), ossé beit nirin (monter les lisses), oreg (tisser), potséa (défaire des fils), kocher (nouer), matir (dénouer), tofer (coudre), koréa (déchirer pour recoudre).
Le chemin du parchemin (9), de la bête à l'écrit : tsad (piéger), cho'het (abattre), mafchit (dépecer), méabed (tanner), mema'hek (racler), méssartet (tracer des lignes), mé'hatekh (découper à dimension), kotev (écrire, dès deux lettres), mo'hek (effacer pour réécrire).
Les trois derniers groupes sont plus courts : construire et démolir (boné, soter), le feu (allumer et éteindre : mav'ir, mekhabé), puis deux melakhot à part, le coup final et le transport.
Maké bépatich, « le coup de marteau final », est le nom donné à tout acte qui achève un objet et le rend utilisable pour la première fois : le nom vient de l'artisan qui donne le dernier coup à son ouvrage.
Avot et toladot
Chaque av melakha a des toladot (תּוֹלָדוֹת, « dérivées ») : des actes différents dans la forme mais identiques dans le principe, interdits au même titre. Arroser une plante est une tolada de zoréa (on favorise une pousse) ; presser un fruit pour en extraire le jus se rattache à dach (extraire le contenu de son contenant). C'est par ce mécanisme que la halakha (la loi juive) applique les 39 catégories aux réalités modernes : c'est pourquoi l'électricité, inconnue du Mishkan, est traitée par les décisionnaires au sein de ces catégories.
Les melakhot au quotidien
Connaître les 39 catégories ne suffit pas : encore faut-il savoir ce qu'on ne fait concrètement pas le Chabbat, et de quelle melakha cela relève. C'est le mécanisme des toladot qui fait le pont entre la catégorie et le geste d'aujourd'hui. Voici les cas les plus courants de la vie de tous les jours :
Un point de repère utile : le critère n'est jamais l'effort (rappel de la melekhet ma'hchevet). Presser un demi-citron ne demande aucune peine, c'est pourtant dach ; verser un verre d'eau sur ses plantes non plus, c'est pourtant zoréa.
Borer (trier) reste permis à trois conditions réunies : à la main (sans ustensile), l'aliment pris hors du déchet (jamais l'inverse), et pour une consommation immédiate. Prendre les amandes d'un mélange pour les manger tout de suite est permis ; retirer les coquilles pour plus tard ne l'est pas.
Hotsaa (transporter) interdit de faire passer un objet d'un domaine à un autre (privé ↔ public), ou de le déplacer de 4 coudées dans le domaine public, quel que soit son poids. C'est tout l'enjeu de l'érouv, qui « fusionne » juridiquement les domaines pour permettre le transport.
L'électricité, elle, est un cas à part. Elle n'existait pas à l'époque du Mishkan : allumer ou éteindre un appareil électrique le Chabbat est très largement traité comme interdit par les décisionnaires, mais la melakha exacte dont cela relève est discutée (mav'ir pour l'incandescence, boné, molid… selon les avis). On retient donc l'interdit pratique, et pour le détail et les cas particuliers (minuterie, appareils, cas de nécessité) : demandez à votre rav.
Les usages
La melakha, et le cas de l'électricité
La loi
- Le Chabbat, on s'abstient de la melakha, un acte créateur ou transformateur (jamais une question d'effort) : les 39 catégories et leurs dérivées (toladot).
Selon chez toi
- L'électricité, inconnue du Mishkan, est très largement traitée comme interdite ; la melakha exacte dont cela relève reste discutée entre décisionnaires.
On retient l'interdit pratique ; pour le détail et les cas de nécessité : demandez à votre rav. Choul'han Aroukh Ora'h 'Hayim 301 et suivants.
- 39 avot melakhot : la Michna dit « quarante moins une » (Chabbat 7:2)
- Issues des travaux du Mishkan
- Le critère est l'acte créateur (melekhet ma'hchevet), pas l'effort
- Av = catégorie principale ; tolada = dérivée, interdite au même titre
- 6 groupes pour mémoriser : pain (11) · vêtement (13) · parchemin (9) · construction (2) · feu (2) · coup final + transport (2)
- Au quotidien : arroser = zoréa · presser un fruit = dach · cuire = bishoul · allumer = mav'ir · écrire = kotev · déchirer du papier = koréa · trier = borer · porter dans la rue = hotsaa
- L'électricité : très largement interdite le Chabbat ; la melakha exacte est discutée → demandez à votre rav
- À cela s'ajoutent des interdictions rabbiniques (chvout, mouksé → niveau suivant)
Sources : Michna Chabbat 7:2 · Talmud Chabbat 49b, 73a · Choul'han Aroukh Ora'h 'Haïm 301 et suiv. (détail par melakha : notamment O.H. 318 bishoul, 319-320 borer/sehita, 336 zoréa, 340 kotev/koréa) · Chemirat Chabbat Kéhilkhata (introduction).









